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Du Warlikowski pour du Warlikowski...

München
Nationaltheater
01/20/2023 -  et 1er, 4*, 8, 10 février, 20, 22 février 2023
Henry Purcell : Dido and Æneas, Z. 626
Arnold Schoenberg : Erwartung, opus 17

Ausrinė Stundytė (Didon, Une femme), Günter Papendell (Enée), Victoria Randem (Belinda), Rinat Shaham (Vénus), Key’mon Murrah, Elmira Karakhanova (Sorcière)
Chor der Bayerischen Staatsoper, Stellario Fagone (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, , Andrew Manze (direction musicale)
Krzysztof Warlikowski (mise en scène), Malgorzata Szczęsniak (décors), Felice Ross (lumières), Kamil Polak (vidéo), Claude Bardouil (chorégraphie)


A. Stundytė, V. Randem (© Bernd Uhlig)


Ce n’est pas la première fois qu’Erwartung est utilisé en complément d’une autre œuvre. A Londres, le metteur en scène Willy Decker avait imaginé en 2006 une combinaison fascinante et homogène où cet opéra était précédé du Château de Barbe‑Bleue de Bartók : décors, perruque et costumes identiques pour les deux œuvres, la Judith du Château réapparaissant de la dernière porte et prenant une certaine « revanche » sur le personnage masculin.


Le spectacle imaginé ici par Krzysztof Warlikowski n’a pas la même cohérence dramatique. C’est un patchwork de scènes assez fortes où l’héroïne passe par une cascade de sentiments : jalousie, hallucination, vengeance, violence... Il ne faut pas chercher une continuité et apprécier les différents instants quand ceux‑ci marchent bien. Les images, décors, lumières, vidéos sont très beaux. L’action est assez variée. Warlikowski, qui a déjà travaillé avec Ausrinė Stundytė, sait faire ressortir ses réelles qualités d’actrice, en particulier dans un Schoenberg très intense et assez fascinant.


Mais il manque un ensemble. Cette production n’est pas sans évoquer ces films récents qui multiplient les personnages secondaires en perdant la trame et durent une demi‑heure de trop. Warlikowski ne peut s’empêcher d’ajouter des éléments, vidéos ou personnages qui surchargent la scène. Au bout d’un moment, le spectacle sature tout simplement et n’avance plus. Il y a entre les deux opéras un interlude de danse techno écrit par Pawel Mykietyn, qui permet de faire la transition des deux formations dans la fosse. Cela nous donne un numéro de breakdance inattendu et somme toute distrayant... puis l’on passe à la suite.


Musicalement le résultat est plus nuancé. Ausrinė Stundytė peine à trouver ses marques au début de l’opéra de Purcell. Cette chanteuse si dramatique est‑elle vraiment à sa place dans ce rôle ainsi que dans une salle aussi grande et aussi peu adaptée au baroque ? Sa diction n’est pas non plus très idéale mais elle est infiniment plus à sa place dans le Schoenberg, où son talent d’actrice est saisissant. A ses côtés, Victoria Randem, Sleepless de Peter Eőtvős, est une remarquable Belinda qui a le format de la salle et le style de cette musique. Le reste de la distribution est solide, avec mention pour Elmira Karakhanova en Sorcière pleine de charme.


Andrew Manze se révèle à la hauteur du défi que représente le fait de passer de Purcell à Schoenberg. Les chœurs sont très éloquents dans Purcell. La modernité de l’opéra de Schoenberg est éclatante. Mais en fin de compte, cette soirée est bien frustrante, de l’art pour l’art, ou du Warlikowski pour du Warlikowski.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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