About us / Contact

The Classical Music Network

Châteauroux

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Les Noces aux champs

Châteauroux
Chassignolles (La Grange aux pianos)
08/08/2020 -  et 10 août 2020
Wolfgang Amadeus Mozart : Le nozze di Figaro, K. 492
Matthieu Walendzik (Il Conte di Almaviva), Cyrielle Ndjiki Nya (La Contessa di Almaviva), Olivier Gourdy (Figaro), Sophie Junker (Susanna), Alexia Macbeth (Cherubino), Alexandre Camerlo (Bartolo), Anne-Lise Polchlopek (Marcellina), Julie Goussot (Barbarina), Marco Angioloni (Don Basilio, Don Curzio), Adrien Fournaison (Antonio)
Charlotte Gauthier (piano), André Henrich (guitares), David Stern (direction musicale)
Alexandre Camerlo (mise en espace)


(© Yvan Bernaer)


La production des Noces de Figaro par Opera Fuoco et avec une adaptation par Eric-Emmanuel Schmitt devait être présentée en mai dernier à Levallois-Perret, où la compagnie est en résidence, mais le covid-19 a condamné ce projet, du moins dans sa forme originelle. Car les jeunes troupes de son atelier lyrique ont travaillé à distance durant le confinement et, invitées par le festival d’été de La Grange aux pianos, ont donc été en mesure d’en donner à deux reprises une version certes privée d’orchestre mais dont l’essentiel aura été préservé: un esprit de troupe et un élan juvénile propices au succès de la «folle journée».


Et puisque le quatrième acte se déroule au jardin, on ne pourra pas dire que le cadre n’était pas approprié, avec un public entièrement en plein air à l’arrière de la «maison d’artiste» de Cyril Huvé. Faute d’orchestre, un piano; faute de clavecin – que David Stern, fondateur de la compagnie, ne souhaitait pas associer au piano – une guitare (baroque) qui se joint au clavier à plusieurs occasions et s’impose parfois même seule («Se vuol ballare», fandango final de l’acte III, cavatine de Barberine, «Deh vieni non tardar»). Et cela fonctionne, car même si la sonorité est redoutablement sèche, l’instrument évoque sans peine l’Espagne où se situe la pièce de Beaumarchais.


La mise en espace d’Alexandre Camerlo, lequel a de qui tenir, s’efforce de faire vivre le livret de da Ponte avec quelques accessoires incontournables et des costumes brouillant les époques, de celle de Mozart à la nôtre. On aurait certainement pu envisager davantage d’audace et de créativité et mieux exploiter le cadre si particulier de ces représentations, mais compte tenu des difficultés de conception du spectacle et de l’exiguïté du plateau, le résultat apparaît tout à fait honorable, certains chanteurs se montrant nettement plus à l’aise que d’autres avec le jeu d’acteur.


Chaque acte est précédé d’une longue présentation de David Stern, qui tente d’en résumer le déroulement de façon humoristique... et en profite pour escamoter la quasi-totalité de l’Ouverture – outre les coupures usuelles du quatrième acte, le finale du troisième acte a également été quelque peu raccourci, ce qui permet de régler le problème posé par l’absence de chœur (pour lequel une solution élégante est trouvée au premier acte). Assis au premier rang au pied de l’estrade, le chef franco-américain dirige les ensembles mais les spectateurs bénéficient évidemment surtout du travail de fond accompli en amont, qui produit cette impression de naturel et d’absence de temps mort, malgré la longueur bien connue des récitatifs dans cette commedia per musica. La prestation de Charlotte Gauthier, infatigable accompagnatrice au clavier, ne mérite que des éloges, et les guitares d’André Henrich apportent une couleur très particulière à l’opéra.


Si le collectif est donc très au point, les individualités ne sont pas en reste, car seul le Comte de Matthieu Walendzik déçoit quelque peu, manquant de projection et d’allure, et se trouvant dès lors en retrait de son épouse – la Comtesse de Cyrielle Ndjiki Nya, au timbre voilé et aux attaques un peu fragiles mais d’une puissance impressionnante qu’elle devra sans doute mieux maîtriser – aussi bien que de son valet – le Figaro d’Olivier Gourdy, très assuré, à l’aigu facile et aux graves bien assis. Sophie Junker est une remplaçante de luxe pour Dania El Zein: avec cette prise de rôle, la soprano belge doit encore s’aider de la partition et, se tenant souvent derrière un pupitre, ne participe pas autant que les autres à l’action mais fait valoir d’éminentes qualités vocales. Alexia Macbeth incarne un Chérubin virevoltant mais encore un peu vert, aux aigus serrés, tandis qu’Anne-Lise Polchlopek impose une Marcelline pleine de caractère. A ses côtés, Alexandre Camerlo s’illustre en Bartolo par une vis comica qui fait mouche, de même que Marco Angioloni, dont le timbre excelle en Basilio cauteleux et perfide à souhait puis en Curzio qui, une fois n’est pas coutume, ne bégaie pas. Et aucun emploi secondaire n’est négligé, car même Julie Goussot et Adrien Fournaison convainquent respectivement en Barberine et Antonio.


Une soirée d’opéra extraordinaire, au sens propre du terme, que ces Noces pastorales, qui resteront parmi les bons souvenirs d’une année non moins extraordinaire.


Le site d’Opera Fuoco



Simon Corley

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com