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Patchwork mahlérien

Paris
Opéra Bastille
01/30/2019 -  
Gustav Mahler : Symphonie n° 3 en ré mineur
Michaela Schuster (mezzo-soprano)
Chœur de l’Opéra national de Paris, José Luis Basso (chef de chœur), Maîtrise des Hauts-de-Seine - Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Gaël Darchen (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Philippe Jordan (direction)


M. Schuster (© Nikola Stege)


Si la Troisième Symphonie (1895-1896) n’est pas la plus vaste des symphonies de Gustav Mahler par son effectif, son ambition est en revanche certainement la plus large puisque censée peindre la création du monde, des «rochers sur la montagne» (premier mouvement) à «l’amour» (dernier mouvement), en passant par ce que nous content les animaux et les êtres humains...


Face à une telle ambition, il faut se rendre à l’évidence: Philippe Jordan n’aura ce soir jamais été véritablement convaincant. Un peu comme dans sa récente Huitième Symphonie de Bruckner, le chef est resté trop à la surface des choses sans nous emmener dans ces vastes élans mahlériens, sans parvenir à dessiner devant nous ces grandes arches qui font que, de même que Bruckner est Bruckner, Mahler est Mahler. Le premier mouvement, Kräftig. Entschieden, fut sans doute le plus illustratif de cette tendance. Bien que bénéficiant d’excellents musiciens (superbes pupitres de cors et de trombones notamment), Jordan nous livre une interprétation extrêmement séquencée, la musique dévoilant un épisode après l’autre, l’ensemble étant finalement joué de manière assez lisse. Les arêtes ne sont ni vives, ni tranchantes, certains passages apparaissant par ailleurs trop clinquants (les percussions avant la reprise par les cors de leur thème initial) ou, même si l’éclairage peut être intéressant (cette clarinette basse, lorsqu’elle dialogue avec les violoncelles et le premier trombone), trop neutres et pas assez orgiaques: où est la violence, où est donc le caractère «déterminé» (entschieden) de ce mouvement?


Le deuxième fut meilleur. Grâce notamment à un superbe hautbois (tenu ce soir par Jacques Thys), le climat bucolique est bel et bien présent même s’il aurait sans nul doute gagné à être un peu plus nonchalant. Certains équilibres furent étonnants (le fait d’entendre davantage le contrechant des bassons que le thème donné aux seconds violons) mais n’en fonctionnaient pas moins plutôt bien. De même pour le troisième mouvement, où l’interprétation enjôleuse du cor de postillon et un pupitre de cors toujours chauffés à blanc rattrapèrent le manque de contrastes chez les cordes, la fin étant en revanche apparue bien mécanique et manquant là aussi de sauvagerie.


Le quatrième mouvement («Ce que me conte la nuit») permit d’entendre Michaela Schuster, que Philippe Jordan avait notamment dirigée dans Lohengrin, opéra dans lequel elle incarnait Ortrud. Le timbre est beau et la prononciation presque théâtrale (le «sch» de «O Mensch»!): superbe moment cette fois-ci où, en véritable chef d’opéra, Jordan offrit un accompagnement tout en finesse et en attention, propre à décupler l’émotion des paroles de Nietzsche. Après un cinquième mouvement (Lustig im Tempo und keck im Ausdruck) bien décevant, les chœurs manquant singulièrement de volume, Jordan aborda l’Adagio malheureusement comme le premier mouvement: en surface. Les cordes, belles mais sans l’ampleur ni la tension attendues, furent beaucoup trop étales, l’intervention du hautbois, fabuleuse sous d’autres baguettes, se révélant d’une platitude étonnante. Les emportements et la plainte mélodique que l’on souhaite entendre ici furent en grande partie édulcorés, de même que le côté majestueux d’une fin trahissant baisses de tension ou fatigue généralisée, fatigue compréhensible au milieu du marathon berliozien du moment (voir ici). Une vraie déception qui concluait une interprétation que beaucoup auront sans doute appréciée sur le moment mais qui ne constituera guère un grand souvenir de concert.


Le site de Michaela Schuster



Sébastien Gauthier

 

 

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