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Leif Ove Andsnes en état de grâce

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
12/11/2018 -  et 2 (Bodø), 5 (Gjøvik), 7 (Tallinn) octobre, 1er (Firenze), 3 (Bologna), 5 (Bari), 9 (Oslo), 12 (Frankfurt), 16 (Bruxelles) décembre 2018, 18 (Boston), 20 (La Jolla), 22 (San Francisco), 24 (New York), 26 (Montréal), 27 (Chicago) janvier, 17 (Toyota), 18 (Tokyo), 22 (Séoul) mars 2019
Robert Schumann : Trois Romances, opus 28 – Carnaval, opus 9
Leos Janácek : Po zarostlém chodnícku (Première Série)
Béla Bartók : Trois Burlesques, opus 8c, Sz. 47

Leif Ove Andsnes (piano)


L. O. Andsnes (© Ozgür Albayrak)


Comment un tel pianiste peut-il ne pas remplir les Champs-Elysées ? Une honte. Car c’est bel et bien l’un des plus grands du moment, qui trace son sillon avec une exigence et une patience forçant l’admiration. Il est vrai que, pour célèbre qu’il soit, il semble assez indifférent aux sirènes de la médiatisation. Heureux donc ceux qui viennent de l’entendre dans la salle de l’avenue Montaigne, où il se produit régulièrement.


Un son plein et généreux, un jeu profond, une maîtrise absolue du clavier et des doigts, une approche polyphonique de la musique aussi, où les lignes s’éclairent et se répondent, tout cela fait d’abord merveille dans les Trois Romances de Schumann, dont le lyrisme s’épanouit sans que pèse le « Sehr markiert » de la première et de la dernière, alors que la deuxième ouvre la porte du rêve en préservant le « Einfach » – rien de plus difficile que de jouer « simple » en restant inspiré. Un Schumann concentré, rebelle à l’effet, d’un romantisme sublimé.


L’enchaînement avec le premier cahier de Sur un sentier broussailleux de Janácek, paraît, paradoxalement, aller de soi. Mais le Tchèque, ici, n’est-il pas souvent schumannien ? N’a-t-il pas écrit ses Scènes de la forêt à lui – ou, parfois, ses Scènes d’enfants, comme dans « Bonne nuit » ? Loin de la verdeur d’une certaine tradition, le pianiste norvégien joue ainsi Janácek comme Schumann, avec parfois des chatoiements impressionnistes – le piano, chez lui, est aussi orchestre. Et cela fonctionne admirablement.


D’aucuns lui reprocheront sans doute de ne pas cultiver, pour les Trois Burlesques de Bartók, une sonorité plus âpre, un sourire plus grimaçant, de cultiver le raffinement sonore dans la Deuxième, de lorgner peut-être partout vers un certain Liszt. Ou vers le Carnaval de Schumann qui suit ? Admirable interprétation, par la science des enchaînements, le jeu entre l’ombre, la lumière et la pénombre, la perfection digitale également, avec une main gauche souveraine. Certes on se situe loin de la folie de certaines interprétations plus cyclothymiques, mais Andsnes nous dit qu’Eusebius et Florestan sont, plutôt que frères ennemis, doubles l’un de l’autre, lui-même étant Maître Raro. Et l’on entend rarement des Carnaval aussi aboutis pianistiquement – « Reconnaissance », par exemple.


Quatre bis : le Nocturne en fa majeur (opus 15 n° 1) de Chopin, entre cantabile belcantiste et ouragan déchaîné – quelle main gauche !, un facétieux Scherzo de Schubert, un Intermezzo du Carnaval de Vienne de Schumann aussi contrôlé que passionné, un Tango de Stravinsky plein d’humour.


Pour compléter le récital champs-élyséen, ou pour vous consoler de ne pas y avoir assisté, précipitez-vous sur le dernier disque du Norvégien : un récital Chopin de toute beauté, conçu autour des quatre Ballades, séparées par un Nocturne – celui en fa majeur sert de pont entre les deux premières (Sony).



Didier van Moere

 

 

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