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Bluffant

Biarritz
Espace Bellevue
08/06/2018 -  
Serge Rachmaninov : Sonate pour piano n° 1, opus 28
Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano n° 2, opus 2 n° 2
Frédéric Chopin : Fantaisie en fa mineur, opus 49
Camille Saint-Saëns : Danse macabre, opus 40 (arrangement Franz Liszt et Vladimir Horowitz)

Alexandre Kantorow (piano)




Pour sa neuvième édition, le «Festival international piano classique de Biarritz» devient le «Biarritz Piano Festival», mais ce petit ravalement de façade ne remet pas en cause les fondations du bâtiment. On reconnaît toujours dans la programmation l’éclectisme du directeur artistique, le pianiste Thomas Valverde, qui, du 30 juillet au 8 août, en divers lieux de la cité balnéaire basque et à tout moment de la journée (aussi bien 10 heures du matin que 22 heures 15), mêle personnalités confirmées du piano (Henri Barda, Severin von Eckardstein, Lise de la Salle, Nobuyuki Tsujii) et jeunes talents (Evgeni Bozhanov, Maroussia Gentet) tout en veillant à aller au-delà du piano – le clavecin (Jean Rondeau) et l’orgue (Esther Assuied) – et au-delà du «classique» – deux «nocturnes» (suivant deux des récitals du soir) qui s’ouvrent sur la musique électronique et le «jazz sonique».


Six des seize concerts se déroulent dans la rotonde de l’Espace Bellevue (centre de congrès, d’expositions, de conférences et de réceptions), dont les hautes vitres offrent une vue sur la plage et l’océan: on pourra déplorer que les lumières restent allumées pendant le concert, mais l’essentiel est que l’acoustique se révèle plus que satisfaisante – encore que, l’estrade étant placée au centre de la salle, les spectateurs assis derrière le couvercle du piano ne bénéficient sans doute pas de conditions idéales.



A. Kantorow (© Biarritz Piano Festival)


Malgré son jeune âge, Alexandre Kantorow (né en 1997) a déjà les honneurs d’être programmé le soir: on comprend, dès la Première Sonate (1908) de Rachmaninov, qu’il a enregistrée chez Bis, que ce traitement privilégié est justifié car non seulement son toucher, parmi ses nombreux atouts techniques, lui permet à la fois d’éviter toute brutalité dans la puissance et de façonner des textures d’une finesse admirable mais sa manière de construire une interprétation des plus passionnantes ne laisse pas d’étonner. D’une grande clarté, préférant la réflexion et la rigueur au spectacle, aux effusions et au débordement d’un romantisme effréné, le pianiste français tourne le dos aux (mauvaises) habitudes prises dans cette musique pour mieux en retrouver l’authenticité stylistique: la virtuosité est là, et bien là, incontestable mais jamais démonstrative, avec la hauteur de vue et la distance caractéristiques de Rachmaninov interprétant ses propres œuvres (et celles des autres compositeurs de son répertoire).


Après l’entracte, c’est d’abord une non moins intéressante Deuxième Sonate (1795) de Beethoven, surprenante, à la fois libre, comme une fantaisie, et recherchée, tant dans le phrasé que dans le tempo. Sans verser dans le maniérisme, les contrastes entre dynamiques forte et piano, entre l’articulation et le legato, valorisent les ascendances haydniennes de la partition. Avec Chopin comme avec Beethoven et Rachmaninov, le choix de la Fantaisie en fa mineur (1840) n’est pas celui de la facilité et d’une page favorite du public –guère à la hauteur, en l’espèce, de la prestation qui lui est offerte, entre tousseurs, bavards et, comble du malheur, têtes de linotte dont le téléphone portable sonne avant les toutes dernières mesures, contraignant Kantorow à s’interrompre. Et autant Beethoven donnait le sentiment d’une improvisation, autant la Fantaisie se déploie dans une construction aussi implacable que souple, témoignant de la maturité exceptionnelle de l’interprète. Cette copieuse seconde partie se conclut sur la Danse macabre (1874) de Saint-Saëns, dans la transcription de Liszt... réarrangée par Horowitz: un sabbat pianistique transcendant, étourdissant, bluffant à l’instar de la soirée entière, que les spectateurs saluent par une ovation debout.


Le site du Festival de piano de Biarritz



Simon Corley

 

 

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