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Une nouvelle victime du parti pris scénique

Lyon
Villeurbanne (Théâtre national populaire)
02/08/2018 -  et 9, 10*, 11 février 2018
Leos Janácek : Zapísník zmizelého
Annelies Van Parys : Tagebuch

Marie Hamard (mezzo), Petre Gijsbertsen (ténor), Gijs Scholten van Aschat (acteur), Trees Beckwé, Isabelle Jacques, Lisa Willems (sopranos), Lada Valesová (pianiste)
Ivo van Hove (mise en scène), Jan Versweyveld (conception décor et lumières), An D’Huys (costumes), Krystian Lada (dramaturgie)


(© Jan Versweyveld)


En 1917, Leos Janácek commençait à sortir de son anonymat provincial: son opéra Jenůfa venait d’être joué à Prague, douze ans après sa création confidentielle à Brno. Il avait soixante-trois ans. L’année précédente, un quotidien local avait publié d’étranges poèmes en dialecte valaque, laissés par un jeune homme qui avait mystérieusement quitté son village. Après enquête et vaines recherches, la police avait trouvé l’explication de cette disparition dans les petits textes qu’on avait d’abord pris pour des copies de chansons populaires.


Un ténor, une mezzo, un pianiste et un chœur de trois femmes suffirent à Janácek pour raconter en musique l’histoire du jeune paysan irrésistiblement attiré par une belle et noire tzigane qui rôdait autour de la ferme. La stupeur devant une telle séduction, les tourments charnels, les scrupules religieux, la peur des parents font vite place à l’assouvissement des désirs et au bonheur torturé de la passion. «Personne n’échappe à sa destinée», s’excuse-t-il avant de suivre au bout du monde la fille de la Race Maudite à qui il fait un enfant...


Le récit extasié et emporté du jeune ténor, monte jusqu’au contre-ut dans un dernier cri de libération, exalté par le mezzo sensuel et maternel de la belle bohémienne. Le chœur rêvé, voix de l’âme et du monde, rejoint l’expressivité inouïe du piano, dont la partie apparemment simple peint le jour, la nature et les élans irrésistibles d’un amour défendu et sans retour.


Pour donner vie à ce cycle d’une initiation, où la naïveté voulue renferme des prodiges de savoir et de concentration, il faut des timbres sans fard, par où passent l’étincelle du désir et le vertige de la découverte. L’Opéra de Lyon – en partenariat avec le TNP de Villeurbanne qui accueille le spectacle – a eu la main heureuse en choisissant deux chanteurs et une pianiste de grand talent: le timbre clair du jeune ténor néerlandais Peter Gijsbertsen, la jeune ardeur de la mezzo française Marie Hamard et la précision rythmique, l’acuité des demi-teintes et le lyrisme en biseau de la pianiste tchèque Lada Valesová suscitent l’enthousiasme.


Las, la mise en scène du trublion belge Ivo van Hove vient gâcher cette fête pour les oreilles en venant raconter une toute autre histoire: dans ce cycle où la nature est au centre de cette passion grandissante, Hove situe l’action dans l’appartement d’un photographe, une scénographie complètement déconnectée avec le texte. Pour comble de malheur, il ajoute un texte (dit en anglais par un acteur néerlandais) complètement exogène à la partition, de même que quatre chants composés à sa demande par la compositrice belge Annelies Van Parys, «pour casser la rapidité du rythme de le la pièce» se vante-t-il dans le programme de salle...



Emmanuel Andrieu

 

 

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