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Beethoven et Mozart retournent à Vienne

Vienna
Konzerthaus
02/28/2016 -  et 1er* mars 2016
Ludwig van Beethoven: Coriolan, opus 62 – Symphonie n°4, opus 60
Wolfgang Amadeus Mozart: Concerto pour violon n ° 3, K. 216

Isabelle Faust (violon)
Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe (direction)


P. Herreweghe (© Michiel Hendryckx)


L’Orchestre des Champs Elysées, fondé il y a vingt-cinq ans, a considérablement élargi son répertoire des premiers jours et personne ne s’étonne plus de les retrouver régulièrement dans des pièces de Brahms, Mahler et Debussy. Ses incursions dans les symphonies de Beethoven sont cependant suffisamment rares pour être remarquées, et la tournée en cours (intitulée «Herreweghe Beethoven Projekt») promet de réserver de belles surprises.


Il peut être intéressant de mettre en regard l’exécution de Philippe Herreweghe avec l’intégrale en cours à Vienne proposée Martin Haselböck (projet «Resound Beethoven» précédemment chroniqué), tous deux dirigeant des ensembles d’instruments historiques. S’ils partagent un énergique sens de l’engagement, tout les sépare: du côté viennois, un son un clinquant, pas forcément valorisé par les acoustiques des lieux, une mise en place parfois inégale, et une lecture certes rafraîchissante mais à la limite de la brutalité; du côté français, une splendeur sonore, magnifiée par l’acoustique du Konzerthaus, et une sobriété qui met s’appuie les qualités inhérente de l’œuvre pour en révéler la modernité.


L’ouverture Coriolan est prise à un tempo allant mais qui ne pèche pas par excès de précipitation, insufflant une impression de puissance musculaire ramassée. Rien ne dépasse, les musiciens réagissant instantanément au moindre signe du chef. Habilement, les interprètes laissent le thème se dissoudre de lui-même, sans forcer le tempo, ce qui en renforce le caractère inexorable.


La Quatrième Symphonie bénéficie aussi de cette rigueur. L’orchestration beethovénienne est trop souvent perçue comme «utilitaire», efficace mais non exceptionnelle. Ici rien de tel: en étageant les dynamiques et timbres entre pupitres, la somptueuse orchestration du compositeur est dévoilée – comme dans les dialogues fluides d’un instrument à l’autre du troisième mouvement. Le tempo du mouvement lent, qui peut paraître véloce à des auditeurs non avertis, est impeccablement validé lors de la reprise variée du thème, permettant aux ornements de couler naturellement sans alourdir ni précipiter la mélodie. L’impact rythmique de la symphonie est exacerbé par le grain particulier des instruments à cordes; on sent de fait plus l’accroche de la corde dans les attaques des archets que dans les orchestres modernes.


Isabelle Faust rejoint les musiciens pour le Concerto en sol majeur de Mozart; le plus immédiatement admirable pour l’auditeur, c’est une science accomplie de la technique d’archet lui permettant de se jouer des contraintes physiques de la baguette de pernambouc et varier avec éloquence nuances et accents à tout point et tout moment du phrasé. On remarque également l’attention réciproque de l’orchestre et de la soliste, donnant l’impression d’une lecture sans filet à la limite de l’improvisation. L’approche du concerto contraste cependant avec la sobriété du Beethoven; parfois un peu excessive, toujours très active (y compris dans le mouvement lent), et ne reniant pas une certaine brillance virtuose (dernier mouvement) cette interprétation est certes euphorisante mais charge aussi le message. Alors que Beethoven parle solennellement, Mozart semble bavarder avec anxiété.


Un concert en tout cas passionnant, qui démontre l’extraordinaire maturité de l’orchestre dont les timbres amples et savoureux nous emportent à des années lumières des expérimentations originelles sur instruments anciens, réservées aux pionniers de la musique baroque.


La tournée Beethoven se poursuit vers la Slovénie (Ljubljana) et l’Allemagne (Stuttgart, Essen, Francfort, Munich) jusqu’au 7 mars.


Le site de l’Orchestre des Champs-Elysées



Dimitri Finker

 

 

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