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Le festival de Bogotá
04/20/2017




Les quatre folles journées à Bogotá: rien que de la musique russe


Pendant quatre jours de la Semaine Sainte, la musique russe a été la reine de Bogotá. Le troisième festival international de musique classique était intitulé «Bogotá est la Russie romantique», de la même façon que les deux précédents avaient identifié la capitale colombienne à «Beethoven» puis à «Mozart». De la même façon, semble-t-il, que dans deux ans, Bogotá sera Brahms, Schuman et Schubert. Cette année, plus de 43000 billets ont été vendus et les spectateurs se sont laissé inonder de musique russe, de Glinka à Rachmaninov, avec quelques voyages vers le passé (Bortnianski) ou vers le XXe siècle (Irina Denisova). La Colombie et la Russie, si éloignées l’une de l’autre, ont montré que la distance peut devenir proximité par le seul chemin de l’art des sons. On ne s’y attendait peut-être pas; mais maintenant, on le voit si clairement...


En même temps, l’Orchestre philharmonique de Bogotá célébrait ses cinquante ans. L’importance de cet orchestre va au-delà des concerts, des soirées, des répertoires, car il prend en charge l’éducation d’enfants (une initiative très «latino-américaine»: éduquer les enfants dans la musique, en les éloignant des dangers bien connus de la délinquance) et un orchestre de jeunes tout en étant l’orchestre de référence pour le pays. Le festival, l’orchestre et son théâtre, le Teatro Mayor, se soutiennent l’un l’autre, et le résultat n’est pas du tout décevant.


Plus de cinquante concerts dans toute la capitale, payants ou gratuits, au Teatro Mayor, bien sûr, mais aussi dans des théâtres, des lycées, des églises et également dans le très beau Teatro Colón, juste à côté de la place Bolívar, de la cathédrale, du Palais Liévano (la mairie), du Capitolio (le Parlement) et de la présidence de la République. Le Teatro Colón était réservé notamment à la chorégraphie de La Belle et la Bête du Malandain Ballet Biarritz, bien connue en Europe, avec des arrangements de musiques de Tchaïkovski dans la fosse, dirigées avec une étonnante précision, une notable inspiration aussi, par le Catalan Josep Caballé Domenech (à la tête de l’Orchestre national de Colombie), qui avait montré dès la veille son pedigree de grand tchaïkovskien dans un petit marathon: à 17 heures, la première du ballet au Teatro Colón; à 20 heures 30, la Pathétique avec un de ses orchestres, la Staatskapelle de Halle. Le rythme, la séquence des concerts étaient épuisants pour les journalistes, peut-être, mais surtout pour les artistes: il faut se rendre compte que Caballé Domenech a dirigé ces trois programmes sur une période de trente heures seulement! Et il faut ajouter les répétitions, entre les concerts, au Colón et au Teatro Mayor.


Il n’est pas possible (et cela serait lassant) de commenter chacun des douze concerts auxquels on a pu assister. Mais il faut souligner quelques moments importants, enthousiasmants ou peut-être émouvants, voire magiques. L’inauguration a été spectaculaire, avec l’Orchestre philharmonique dirigé par le Français Patrick Fournillier, dans un programme dont la seconde partie était un peu «Boston Pops», pour «ouvrir l’appétit», très sonore et comme un feu d’artifice, et dont la première partie comprenait le plus difficile – peut-être – des concertos pour piano, le Troisième de Rachmaninov, sous les doigts privilégiés de l’Ukrainien Alexander Gavrylyuk, un grand virtuose, peut-être pas encore un poète des sons, mais un formidable champion du clavier.


Deux concerts de l’Orchestre national russe, dirigés par Mikhail Pletnev, ont produit cette magie qu’on demande à la musique: pas hypnotique, pas fascinante, mais une voie vers le cœur et le discernement.
Jeudi 13, Volodine jouait le plutôt rare Deuxième Concerto de Tchaïkovski, comme pour annoncer son récital en solo (Medtner, Rachmaninov) – extraordinaire, à ce qu’il paraît, mais on l’a raté, hélas (on ne peut pas être partout). Pletnev a conclu avec l’extraordinaire mise en valeur d’une symphonie parfois contestée, la Deuxième de Rachmaninov, un chef-d’œuvre qu’il faut percer et choyer à la fois pour en connaître la valeur et dont il faut se souvenir de la date, 1907, quand on qualifie cette œuvre (et d’autres du compositeur) de pièces «réacs» ou composées par un émigré fuyant la belle Révolution (il était parti avant, bien avant).
Samedi 15, le concert de clôture, cette fois-ci avec une émouvante interprétation du Concerto pour violon de Glazounov par l’électrisant virtuose Sergei Krylov et, pour finir, une lecture impeccable, inspirée, de référence de la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski. Une belle clôture, le jour même de l’anniversaire de Pletnev.


La musique de chambre a été bien illustrée, entre autres, par le Quatuor Borodine, le Trio Tchaïkovski, le Trio Wanderer et les quatuors colombiens M4nolov (sic) et Q-Arte. Un des moments les plus forts du festival a été un concert de musique de chambre donné par six formidables solistes réunis dans l’intimité tendue et riche d’une soirée insurpassable, le vendredi 14: Julian Rachlin (violon), Sarah McElvary (alto), Daniel Müller-Schott et Alexander Buzlov (violoncelle) – donc, un quatuor tout à fait original – jouaient une pièce dont j’avoue que je ne la connaissais pas, le Quatuor opus 35 d’Anton Arensky. Une interprétation pleine de sens, de force, assurément, mais aussi quel don, chez Arensky, pour le pur et simple développement des thèmes. Les mêmes artistes ont été rejoints en seconde partie par Alissa Margulis (violon) et Sandra Arango (alto) mais il faut signaler que Rachlin, évident leader de la première partie, a échangé son instrument avec McElvary et que le leader du Souvenir de Florence de Tchaïkovski était Margulis. Un moment de premier ordre, émouvant et virtuose, une référence: dommage qu’il n’ait pas été enregistré. Et Margulis, deux ou trois heures plus tard, dans la grande salle du même Teatro Mayor, faisait entendre le soir, devant un public étonné et fasciné, une version magnifique et poétique du Concerto pour violon du même Arensky qui nous avait surpris dans l’après-midi. C’est ce concert que Caballé Domenech et son orchestre de Halle concluaient avec la Pathétique (cf. supra).
Mais Rachlin! Un jour plus tôt, le jeudi 13, il avait placé la barre au plus haut dans le Concerto pour violon de Tchaïkovski. Quel artiste que le violoniste lituanien, cette fois-ci accompagné par l’Orchestre de Lucerne, dirigé par James Gaffigan!


Le Chœur de l’Opéra, dans l’église de la Conception de Suba (un quartier de la capitale, autrefois une municipalité indépendante), a suscité d’autres émotions: un concert a cappella de musique sacrée russe, une église catholique accueillant de la musique orthodoxe, un répertoire russe classique et des XIXe et XXe siècles chanté par un chœur colombien, de langue maternelle espagnole: Bortnianski, Taneïev, Denisova, Lvov, Grigoriev et Chesnokov. Un concert très spécial, très différent, tant par le répertoire que par le quartier et le public, quelque chose d’émouvant pour nous, mais aussi pour le Russes qui y assistaient.


Dernier événement significatif à mentionner: le concert du jeudi 13 de Fusión Filarmónica Juvenil de la O.F.B., le jeune orchestre du Philharmonique de Bogotá, dirigé par le Néerlando-Sud-Africain Conrad van Alphen. La Première de Tchaïkovski concluait le programme sur une lecture bien travaillée et inspirée de cette œuvre importante, mais pas des meilleures inspirations du compositeur. La fin de la première partie offrit le moment le plus «glorieux», pour ainsi dire, avec une interprétation volontairement distante, classique, sans pathos, de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov: un triomphe pour le pianiste ukrainien Igor Tchetuev, accompagné par Alphen et le jeune orchestre.


Ce n’est pas assez, et c’est pourtant déjà trop, même si l’on n’a pas tout vu, si l’on n’a pas tout entendu et si l’on n’a pas tout commenté.


L’organisation et la logistique du festival ont fonctionné à la perfection. Son directeur, Ramiro Osorio, le coordonnateur général, Enrique Muknik, et le directeur de programmation, Juan Carlos Adrianzén, ont réussi, avec une équipe infatigable, un véritable exploit. Il est vrai qu’ils ont reçu des soutiens institutionnels et personnels importants, par exemple, d’une façon remarquable, de l’Orchestre philharmonique de Bogotá et de son directeur général, l’infatigable Sandra Meluk avec sa jeune équipe.


Le programme du festival


Santiago Martín Bermúdez

 

 

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