About us / Contact

The Classical Music Network

CD

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

02/01/2026
« Exile »
Anonyme russo-ukrainien : Kugikly (transcription et arrangement Jonathan Keren)
Anonyme moldave : Cucusor cu pană sură
Alfred Schnittke : Sonate pour violoncelle et piano n° 1 (arrangement Martin Merker)
Andrzej Panufnik : Concerto pour violon et cordes
Franz Schubert : Fünf Menuette mit sechs Trios, D. 89 : n° 3 (arrangement Kopatchinskaja)
Ivan Wyschnegradsky : Quatuor à cordes n° 2, opus 18
Eugène Ysaÿe : Exil !, opus 25

Thomas Kaufmann (violoncelle), Camerata Bern, Patricia Kopatchinskaja (violon et direction)
Enregistré à la Diaconis Kirche de Berne (mars 2024) – 74’53
Alpha Classics (distribué par Outhere) - Notice en français, allemand et anglais


Sélectionné par la rédaction





C’est fou ce que le thème de l’exil suscite comme enregistrements, de musique classique ou pas. Ici, c’est l’inclassable violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja, dite PatKop, qui nous en offre une illustration, très personnelle comme d’habitude. Se présentant aussi comme une « déracinée », elle s’attache cependant plus à des compositeurs marqués par ledit exil qu’à des partitions l’évoquant explicitement. Au milieu, Franz Schubert (1797‑1828), sous prétexte d’« exil intérieur », étonne.


La Première Sonate pour violoncelle (1978) d’Alfred Schnittke (1934‑1998), arrangée pour violoncelle, cordes et harpe, avance formidablement telle une locomotive à vapeur lancée à toute vitesse. Mais on est allé trop loin, sans bien réfléchir, et le Largo final est le moment d’une nostalgie déchirante.


L’esprit rapsodique du premier mouvement du Concerto pour violon (1971) d’Andrzej Panufnik (1914‑1991), compositeur ayant quitté la Pologne pour la Grande‑Bretagne, convient bien à l’esprit libre de PatKop. La violoniste y est remarquable autant dans la déprime de l’Adagio central que dans le motorisme du Vivace final teinté d’espièglerie.


Dans la pause Schubert, PatKop ne s’appesantit pas, quitte à être moins raffinée qu’un Gidon Kremer. Mais elle retrouve une sorte de spontanéité populaire et de simplicité assez convaincante.


Plus tard, le Deuxième Quatuor (1931) d’Ivan Wyschnegradsky (1893‑1979), compositeur qui a fui la Russie pour la France, joue, comme souvent chez son auteur, sur les micro‑intervalles. Ses quarts de ton aboutissent à un ambitus sonore resserré assez mystérieux. On ne sait pas bien où on est, comme entre deux eaux alors que la structure du quatuor en trois mouvements reste éminemment classique.


L’album se termine par l’Exil ! poème symphonique d’Eugène Ysaÿe (1858‑1931), écrit loin de sa Belgique natale, aux Etats‑Unis en 1917, assez proche de la Nuit transfigurée de Schönberg, entre deux époques, avec la même tension.


Les deux plages de folklore moldave ou russo-ukrainien – la Moldavie touche l’Ukraine – qui émaillent le disque ne choquent pas dans le panorama. Ancrées par définition dans le passé, dansantes et parfois animées par des chants de PatKop (avec Vlad Popescu de la Camerata de Berne), comme pour prolonger leurs rythmes, ces courtes embardées nous entraînent sans problème et apparaissent presque modernes. Elles sont tout à fait assorties au reste du programme.


Au total, c’est un disque original, comme on s’en doutait avec PatKop.


Stéphane Guy

 

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com