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03/26/2025 Olivier Messiaen : Livre du Saint‑Sacrement Loïc Mallié (orgue Cavaillé-Coll Beuchet-Debierre de la Sainte‑Trinité)
Enregistré en l’Eglise de la Sainte-Trinité (15‑18 juillet 2023) – 121’27
Album de deux disques Hortus 234‑234 – Notice en français et anglais

« C’est un peu comme un fils », disait Olivier Messiaen (1908‑1992) du grand orgue de la Trinité dont il aura occupé la tribune durant quelque soixante années, de 1931 à sa mort. La notice parle d’un « instrument d’une très grande puissance, et en même temps d’une infinie douceur ». Une singularité qu’on mettra sur le compte de la complémentarité entre le Cavaillé‑Coll d’origine et le travail de rénovation entrepris en 1965 par l’entreprise Beuchet-Debierre visant à éclaircir les mixtures et à répartir différemment les soixante jeux.
L’opéra Saint François d’Assise sitôt créé, Messiaen – alors âgé de 76 ans – entreprend la composition du Livre du Saint‑Sacrement (1984), son œuvre pour orgue la plus imposante (près de deux heures de musique), où cohabitent la ferveur presque naïve de La Nativité du Seigneur, la combinatoire élaborée du Livre d’orgue, les chants d’oiseaux, le plain‑chant, sans oublier les autres caractéristiques de son langage musical tels les rythmes dits « non rétrogradables » « ... qui offrent à l’horizontale le même charme des impossibilités que les modes à transpositions limitées à la verticale » (Alain Périer). Si la virtuosité requise découle en droite ligne de sa formation parallèle de pianiste, la maestria des registrations découle autant de son génie d’orchestrateur que d’improvisateur : Messiaen passait des heures à expérimenter de nouveaux alliages, de nouvelles combinaisons. Aussi ce qu’on entend dans le Livre du Saint‑Sacrement est‑il le fruit du commerce assidu de toute une vie avec les claviers de la Sainte Trinité.
Le coffret (EMI, 4 CD) intitulé « Messiaen par lui‑même » se refermait avec le Livre d’orgue. Loïc Mallié, ancien élève de Messiaen, pose ses pas dans ceux de son maître avec cette somme organistique, à ceci près que cet enregistrement bénéficie d’une prise de son stéréophonique autrement plus gouleyante – on n’oubliera pas le témoignage intermédiaire de Jennifer Bate, qui enregistra l’œuvre à la Sainte Trinité pour Radio France dès 1984.
L’interprétation de Loïc Mallié se distingue par la rapidité du tempo, laquelle lui permet d’adjoindre une improvisation de 18 minutes en plage bonus. « Puer natus est nobis » dure 5’45, contre 9’40 chez Willem Tanke (Brilliant, 1987). Si Olivier Latry obtenait de l’instrument de Notre‑Dame (DG, 2000) des effets naturalistes plus évocateurs dans « La manne et le Pain de vie » (« vent très fort dans le désert »), Loïc Mallié déploie les différents panneaux avec une fluidité bienvenue. Certes, les micros peinent à restituer certaines nuances pianissimo propres aux pièces les plus intimes, mais les grands jeux impressionnent dans « Les ressuscités et la lumière de Vie », « Les ténèbres » et « Les deux murailles d’eau ». Un apport notable à la discographie, les enceintes de notre chaîne hi‑fi ne pouvant toutefois se substituer, comme souvent avec ce répertoire, à l’inappréciable expérience in situ.
Jérémie Bigorie
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