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03/22/2025 Grazyna Bacewicz : Ouverture pour orchestre
Witold Lutoslawski : Symphonie n° 3
Karol Szymanowski : Fantaisie symphonique sur « Le Roi Roger » (arrangement Iain Farrington) [*] Royal Scottish National Orchestra, Thomas Søndergård (direction)
Enregistré en public à Glasgow (17 février [*] et 20 juin 2024) – 59’55
Linn Records CKD 758 (distribué par Outhere) – Notice en anglais

Issu de deux prises de concert (février et juin 2024), le programme présente trois fleurons de la musique polonaise du XXe siècle. L’Ouverture de Grazyna Bacewicz (1909‑1969), composée en 1943 durant l’occupation allemande, ouvre le disque sur une note rutilante. Sa fougue évoquerait celle de Chostakovitch si elle se doublait de l’optimisme sans nuage de l’Ouverture de fête (même forme et minutage). Or le ton est ici plus ambigu, les motifs (incluant une citation de l’entame de la Cinquième Symphonie de Beethoven) plus anguleux. La direction roborative de Thomas Søndergård en aplanit les angles.
A l’instar des différentes adaptations de Pelléas et Mélisande et autres « Ring sans paroles », la Fantaisie symphonique que Iain Farrington (né en 1977) tire du Roi Roger a les défauts de ses qualités : on n’entendra pas les effets magiques que Karol Szymanowski (1882‑1937) obtenait, au début et à la fin, du chœur mêlé au grand orgue, ni la sensualité des arias dévolus au ténor et à la soprano. En terme de sensualité, on a connu sonorités plus suggestives que celles de l’Orchestre national Royal d’Ecosse, surtout si l’on a dans l’oreille l’enregistrement par les Wiener de la Troisième Symphonie (le dernier enregistrement studio de Pierre Boulez, Deutsche Grammophon, 2010). Mais cette vingtaine de minutes réserve son lot de bijoux, comme l’air de Roxana confié au violon solo bientôt rejoint par l’ensemble des violons, ou la danse du berger reprise telle quelle, avec son 7/8 déhanché, sa petite harmonie épicée et ses percussions sautillantes. La direction de Thomas Søndergård veille à l’articulation des points névralgiques, ménageant un impressionnant crescendo au cours de la dernière section.
Curieusement placée en deuxième position, la Troisième Symphonie (1980‑1982) de Witold Lutoslawski (1913‑1994) se distingue par son parti pris narratif et relativement détendu, laissant toute latitude aux musiciens pour s’exprimer lors des nombreux passages ad libitum (belle bouffée de lyrisme au cordes et volubiles arabesques aux bois). Une fois arrivé aux deux tiers de la partition environ, ce manque de directivité se révèle dommageable, les épisodes cumulatifs qui s’enchaînent après le sommet hymnique peinant à traduire l’urgence dramatique autant que la finalité de la forme. On notera au surplus quelques flottements du côté des cordes (à partir de 16’30). On placera donc cette version très lyrique de la Troisième Symphonie dans les seconds choix aux côtés d’Edward Gardner (Chandos), devant Antoni Wit (Naxos) mais derrière Hannu Lintu (Ondine) et surtout Esa‑Pekka Salonen (Sony), dont le vif‑argent Philharmonique de Los Angeles interprète cette musique avec une insolente facilité.
Jérémie Bigorie
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