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02/28/2025
Alban Berg : Ecrits et entretiens
Edités et présentés par Georges Starobinski
Contrechamps Editions – 551 pages – 28 euros


Sélectionné par la rédaction





« Peut-on naïvement demander au lecteur mélomane d’accepter le jeu, et de faire comme Berg lui‑même : ne pas craindre de perdre l’âme en sollicitant l’esprit ? » : à la question de Dominique Jameux qui referme sa mémorable biographie (Seuil, 1980), la somme des écrits d’Alban Berg (1885‑1935) éditée par les Editions Contrechamps invite à répondre par l’affirmative.


On y trouvera, présentée par Georges Starobinski, musicologue aux Universités de Genève et de Lausanne, la « quasi‑totalité des écrits d’Alban Berg connus à ce jour ». Il s’agit de l’entreprise éditoriale la plus ambitieuse depuis le recueil supervisé par Dominique Jameux (Christian Bourgois, 1985). Et pour cause : plus de la moitié des textes sont inédits en français ! Quant aux traductions, elles ont été intégralement revues tant celles d’Henri Pousseur, dans un louable souci d’élégance, s’éloignaient de l’original.


Le benjamin de l’Ecole de Vienne passait ses écrit (à l’instar de ses partitions) au crible d’une autocritique impitoyable, l’exigence de clarté s’accommodant de longues phrases (comme les affectionne la langue allemande) dans lesquelles Georges Starobinski décèle une influence « des articulations de la prose musicale ». Féal prosélyte d’Arnold Schoenberg, Berg – tel Schumann – se fait son avocat contre les philistins, fort des armes théoriques fourbies dans le Traité d’harmonie de 1911.


Le livre se divise en sept chapitres :
1/ Ecrits littéraires : il comprend le poème en vers Hanna (1900‑1903) et la pièce de théâtre marquée par Ibsen Drame à la mine (1904), soit les premiers essais d’un adolescent ambitieux qui se rêve un avenir littéraire.
2/ Profession de foi : Schoenberg enseignant (1911) s’ouvre par ces mots : « Le génie est pédagogue par nature. Son discours est enseignement, ses actions des exemples à suivre, ses œuvres des révélations. En lui coexistent l’enseignant, le prophète, le Messie. » Berg livre un hommage appuyé à son maître en même temps qu’une attaque en règle contre le critique Paul Stauber, lequel eut l’impudence de s’en prendre à Schoenberg à l’occasion d’un compte rendu d’un concert où figuraient des œuvres des trois Viennois.
3/ Préludes au concert : de facture plus musicologique, ce chapitre regroupe une série de documents variés visant à préparer le public à l’expérience du concert. On y trouvera, traduite par Philippe Dinkel, une analyse détaillée (riche d’une centaine d’exemples musicaux) des Gurrelieder (1913, commandé par Universal Edition) dont Berg connaissait la partition funditus pour en avoir réalisé une réduction pour piano, ainsi qu’une analyse thématique de la Première Symphonie de chambre (1918) et du poème symphonique Pelléas et Mélisande (1920).
4/ Tournant polémique : Berg s’en prend nommément à ses adversaires autour des années 1920. Redoutable bretteur, il trempe sa plume dans l’encrier de son modèle revendiqué : Karl Kraus. Aussi croise‑t‑il le fer avec le compositeur Hans Pfitzner au sujet de la « Rêverie » de Schumann, et avec le célèbre critique viennois Julius Korngold (père d’Erich Wolfgang).
A une monographie de Schoenberg restée inachevée, où Berg met en évidence les lignes de force de sa trajectoire, succède Pourquoi la musique de Schoenberg est‑elle si difficile à comprendre (1921/1924) – une étude du Quatuor à cordes opus 7 à travers les oreilles d’un auditeur incapable d’en suivre l’évolution. « Il est clair qu’une musique où se trouvent rassemblées toutes ces ressources héritées des Classiques se distinguera d’une production contemporaine dans laquelle, comme je vais le montrer, cette synthèse fait défaut », affirme l’élève qui prend soin d’accrocher l’œuvre de son maître à l’arbre généalogique de la tradition germanique, là où ses contempteurs s’échinent à souligner la rupture avec la tonalité.
5/ Berg par lui-même, 6/ Interviews sur Wozzeck et Lulu, 7/ Positions et Hommages : ces trois derniers chapitres mêlent entretiens, conférences et documents divers (généralement plus concis) portant sur ses propres œuvres. La virtuosité combinatoire du Concerto de chambre voisine avec l’approche dodécaphonique de la Suite lyrique... dont le compositeur se garde bien de dévoiler tous les secrets : il faudra attendre les investigations de George Perle pour que le programme, inspiré par la rencontre avec Hanna Fuchs, soit révélé en 1977 sur la base d’un exemplaire de la partition que Berg avait annoté pour son égérie.


On observe ailleurs le « Fils » de la trinité viennoise en adversaire du terme atonalité et en vulgarisateur de son opéra Wozzeck au cours de sa célèbre conférence dans laquelle de manqueront pas de puiser les exégètes, de Pierre Boulez à René Leibowitz en passant par le binôme Pierre‑Jean Jouve/Michel Fano.


Chaque texte est émaillé d’une présentation précise et circonstanciée de Georges Starobinski. De quoi faire de cette somme la référence attendue en même temps que le compagnon indispensable du « parfait bergien ».


Jérémie Bigorie

 

 

 

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