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08/15/2016
Richard Wagner : Das Rheingold

Michael Volle (Wotan), Tomasz Konieczny (Alberich), Burkhard Ulrich (Loge), Peter Rose (Fasolt), Eric Halfvarson (Fafner), Herwig Pecoraro (Mime), Elisabeth Kulman (Fricka), Annette Dasch (Freia), Janina Baechle (Erda), Christian Van Horn (Donner), Benjamin Bruns (Froh), Mirella Hagen (Woglinde), Stefanie Irányi (Wellgunde), Eva Vogel (Flosshilde), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Simon Rattle (direction)
Enregistré en public à la Herkulessaal, Munich (24 et 25 avril 2015) – 142’48
Double album BR Klassik 900133– Notice de présentation et livret en allemand et anglais





Matthias Goerne (Wotan), Peter Sidhom (Alberich), Kim Begley (Loge), Kwangchul Youn (Fasolt), Stephen Milling (Fafner), David Cangelosi (Mime), Michelle DeYoung (Fricka), Anna Samuil (Freia), Deborah Humble (Erda), Oleksandr Pushniak (Donner), Charles Reid (Froh), Eri Nakamura (Woglinde), Aurhelia Varak (Wellgunde), Hermine Haselböck (Flosshilde), Hong Kong Philharmonic Orchestra, Jaap van Zweden (direction)
Enregistré en public au Cultural Centre Concert Hall, Hong Kong (22 et 24 janvier 2015) – 153’35
Double album Naxos 8.660374-75 – Notice de présentation en allemand et anglais





Dans une discographie abondante – récemment marquée par la vérité du geste chambriste de Marek Janowski à Berlin et l’humanité de la vision audacieuse de Valery Gergiev à Saint-Pétersbourg –, la confrontation de ces deux nouvelles versions de L’Or du Rhin ressemble à celle de David (Zweden chez Naxos) contre Goliath (Rattle chez BR Klassik).


Ce n’est pas avec la Philharmonie de Berlin mais avec les forces de la Radio bavaroise (et en concert) que Simon Rattle interprète le Prologue du Ring. Fourmillant de détails et toujours sous contrôle, l’orchestre éclate avec une puissance qui peut se faire étouffante. Une prestation en forme de démonstration – sorte de déchiffrage de luxe dans la première scène, qui tourne à vide. La deuxième trouve de beaux accents et une certaine expressivité mais comporte encore trop de temps morts. La descente au Nibelheim est aussi rutilante en couleurs qu’elle est terne en émotions, le reste de la partition dégageant heureusement une vérité théâtrale plutôt probante.


La distribution apporte davantage de frissons. L’Alberich de Rattle était le Wotan de Janowski (lire ici): Tomasz Konieczny prouve l’étendue de son talent en brossant d’abord le portrait d’un nain un brin policé (y compris dans les éructations de la première scène – toujours domestiquées), puis rongé par la démesure et la haine, à la fois pervers et pathétique. Dommage que l’essoufflement ronge à l’excès la prosodie dans la quatrième scène. En regard, le Wotan de Michael Volle étonne par son calme un peu hirsute. Si les graves sont abîmés et la ligne de chant pas toujours maîtrisée, on tient là une véritable incarnation du dieu des dieux. Demi-dieu, Burkhard Ulrich est malheureusement bien court pour Loge – court en justesse, en projection et en charisme – et laisse peu d’empreinte dans ce rôle pourtant si dense. Tout l’inverse de la Fricka puissamment expressive d’Elisabeth Kulman, qui surjoue le côté «mégère» sans jamais sacrifier sur le chant – souvent superbe.


Ordinaire de ton et exsangue de voix, Janina Baechle déçoit tout autant en Erda qu’Annette Dasch en Freia – un rôle où elle s’épuise voire s’étouffe. En dépit des années, Eric Halfvarson tient encore le Fafner du Rheingold (on demande néanmoins à entendre ce que donnerait le vibrato dans Siegfried) et offre le pendant au Fasolt pétri d’amour de Peter Rose. Malgré (ou grâce à) ses faiblesses vocales, le Mime de Herwig Pecoraro est très crédible en nain torturé, suscitant l’empathie et la gêne. Le Donner de Christian Van Horn présente un chant légèrement opaque, alors que le Froh de Benjamin Bruns affiche des aigus au spectre étroit et plutôt agressifs. Heureusement, des Filles du Rhin de compétition – aussi solides que justes – complètent un tableau plutôt honorable.


A la tête du Philharmonique de Hong Kong, Jaap van Zweden devrait être le Petit Poucet de la confrontation. Certes, le chef hollandais ne peut légitimement tenir tête au mastodonte Rattle. Ne serait-ce que parce que les qualités techniques de la formation hongkongaise se comparent péniblement aux instrumentistes munichois. La pâte orchestrale souffre, par ailleurs, d’une battue ordinaire. Certes encore, la distribution de cet album Naxos connaît ses faiblesses, à commencer par la performance de Kim Begley, qui ne manque pas d’expérience en Loge – caractérisé avec adresse – mais dont le chant est souvent à la peine.


Débordant de morgue dès la première scène, l’Alberich de Peter Sidhom possède, en revanche, beaucoup de caractère et, malgré une élocution parfois pâteuse et une ligne de chant occasionnellement flottante, le personnage prend vie. Campant une Fricka convaincante, Michelle DeYoung devrait néanmoins surveiller la justesse de son chant – tout comme Anna Samuil, dont la Freia ne brille pas. Malgré trop de vibrato, l’Erda sculpturale de Deborah Humble et le Donner appliqué d’Oleksandr Pushniak font effet. Le vibrato encombre plus encore le timbre des Filles du Rhin, hésitant entre l’anonymat et l’hystérie, et pèse un tantinet sur les voix rocailleuses à souhait de Kwangchul Youn et Stephen Milling, qui forment un couple de Géants aguerri et solide. Rien à redire, en revanche, du Mime de David Cangelosi qui s’investit pleinement dans son personnage auquel il apporte une fraîcheur décoiffante.


Toutefois, le prix de cet enregistrement réside, à coup sûr, dans le Wotan de Matthias Goerne. Les premières paroles, dans la deuxième scène, donnent le frisson. Et si l’incarnation peut encore gagner en profondeur et en intensité, elle respire déjà la maturité et la puissance, l’autorité et la maîtrise. Bref, l’ombre de Dietrich Fischer-Dieskau plane sur cette prestation marquante.


Gilles d’Heyres

 

 

 

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