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01/20/2015
Antonio Caldara : La concordia de’pianeti
Delphine Galou (Venere), Veronica Cangemi (Diana), Ruxandra Donose (Giove), Franco Fagioli (Apollo), Carlos Mena (Marte), Daniel Behle (Mercurio), Luca Tittoto (Saturno), La Cetra Vokalensemble Basel, La Cetra Barockorchester, Andrea Marcon (direction)
Enregistré en public au Konzerthaus de Dortmund (13-19 janvier 2014) – 108’07
Coffret de deux disques Archiv Produktion 479 3356 – Notice exemplaire (en anglais, allemand et français) de Markus Bruderreck et traduction des textes chantés

 Sélectionné par la rédaction





Antonio Caldara (1671?-1736) est étrangement bien oublié aujourd’hui alors qu’il a été, à son époque, ovationné dans toute l’Europe, le compositeur anglais Charles Avison (1709-1770) ayant notamment fait référence aux ««... sobre et irréprochable Corelli; [à] l’audacieux et inventif Scarlatti; [au] sublime Caldara...».


Vraisemblablement né à Venise, c’est dans la Sérénissime qu’il apprend la musique et compose son premier opéra, L’Argene (1689). Ses talents dépassant rapidement les seules frontières de la Lagune, il entre au service du duc de Mantoue en 1699 avant de devenir maestro di cappella du prince Ruspoli dix ans plus tard, le 1er juillet 1709. Au mois de mai 1716, il part à Vienne, où se déroulera toute sa carrière en qualité de Vizekapellmeister; placé sous l’autorité de Johann Fux, Kapellmeister accaparé par les tâches administratives, Antonio Caldara s’épanouit pleinement dans le cadre d’une cour où musique et théâtre sont de la première importance, l’empereur Charles VI – qu’il connaissait depuis 1708 et pour qui il avait composé Il più bel nome, œuvre de circonstance destinée à célébrer le mariage de celui qui n’était alors qu’archiduc d’Autriche, avec la princesse Elisabeth Christine de Brunswick-Wolfenbüttel – lui étant tout particulièrement attaché.


La concordia de’pianeti (1723) est elle aussi une œuvre de pure circonstance, destinée à célébrer l’Impératrice (Elisa dans la présente serenata), qui était alors enceinte, l’action tournant – c’est le cas de le dire – autour de l’harmonie entre les différentes planètes du système solaire. Si le livret ne possède bien évidemment pas la force de ceux de Métastase (Caldara ayant notamment composé sur ses livrets les opéras Demofoonte, L’Olimpiade ou Adriano in Siria) ou d’Apostolo Zeno (qui donna les arguments des opéras Enone ou Ifigenia in Aulide), la finalité poursuivie par cette composition n’était pas non plus la même. En effet, il s’agit ici d’une commande, d’une œuvre destinée à saluer un événement politique, ayant été créée au retour des époux impériaux de Prague, où Charles VI venait d’être couronné roi de Bohème, et destinée à être jouée en plein air pour des occasions festives, comme le précise Andrea Marcon dans la notice, et non d’un opéra – il n’existe d’ailleurs pas de subdivision en actes et en scènes – mais seulement d’une succession d’airs et de récitatifs. Prenons donc cette œuvre comme elle doit l’être: un beau divertissement musical. Et force est de constater que c’en est un.


Eu égard encore une fois aux circonstances dans lesquelles elle devait être jouée, cette pièce requiert un orchestre fourni à l’instrumentarium diversifié. Dès l’introduction, timbales, trompettes et cordes sonnent ainsi de façon extrêmement brillante: n’en doutons pas, les timbres exceptionnels de La Cetra sont pour beaucoup dans la réussite de cet album. Mais, au-delà de l’Ouverture, c’est surtout dans l’alliance entre instruments et voix que l’on entend les plus beaux passages. Ainsi, on passera rapidement sur le beau «Da mia tromba» (la voix en demi-teinte de Carlos Mena étant accompagnée ici d’une trompette des plus virtuoses) pour s’attarder sur deux airs qui constituent autant de sommets dans cette Concordia de’pianeti. L’air «Alla bontade e al merto», magnifiquement chanté par Ruxandra Donose, bénéficie ainsi d’un orchestre idéal (notamment hautbois et bassons), aux accents parfois rageurs (le glissando à 2’43!): quelle réjouissance à son écoute! Il en va de même pour le très beau «Ad Elisa ancor d’interno», où la voix est accompagnée d’une sorte d’ostinato du luth et du violoncelle, rejoints in fine par quelques autres cordes: ici encore, c’est vraiment superbe. On pourrait parfois reprocher à Marcon de manquer de vigueur dans certains airs mais l’orchestre s’illustre de manière quasi constante et fait parfaitement ressortir les couleurs vénitiennes (tout spécialement dans l’air «Voti amanti ch’il chiedete») propres à Caldara.


Même si La concordia de’pianeti ne fait pas partie des chefs-d’œuvre du baroque, l’équipe sollicitée ici, du plus haut niveau, la défend avec la plus belle des convictions. Commençons évidemment par Franco Fagioli, parfait pour ce répertoire – on se souvient avec bonheur de son disque consacré à Caffarelli – et qui incarne ici le dieu Apollon. Si son air «So ch’io dal suolo alzai» est très beau, sans fioriture excessive, c’est surtout son second air, «Questo dì così giocondo», qui est remarquable, la voix se pliant avec art à toutes les exigences de la partition. Delphine Galou est idéale dans le rôle de Vénus; on a déjà fait référence à l’air superlatif «Ad Elisa ancor d’interno» mais «Non si turba e non si duole», son premier air, accompagné avec une infinie délicatesse par les cordes de l’orchestre, est également à marquer d’une pierre blanche. On ne reviendra pas sur la prestation de Ruxandra Donose, excellente, mais on signalera par ailleurs les interventions très caractérisées de Veronica Cangemi: quelle rage dans l’air «Ad essai o cederò»! Parmi les trois autres voix masculines, c’est surtout Daniel Behle qui retient l’attention: servi par une technique impressionnante, il chante très bien l’air «Tal se gemma e rara e bella» même si l’on entend un certain essoufflement dans l’air suivant, «Madre d’Amor tu sei». Carlos Mena est un peu plus à la peine, Luca Tittoto n’ayant pour sa part pas toujours les épaules assez larges pour ce répertoire, comme on peut le percevoir dans l’air «Di quel bel nome al suono», pourtant bien accompagné du point de vue instrumental.


La concordia de’pianeti est donc ressuscitée avec cet enregistrement, en première mondiale, réalisé sous la houlette d’Andrea Marcon: un bien beau travail qui pose une pierre supplémentaire dans l’édifice de la musique baroque où «le sublime Caldara» finira bien par retrouver la place qu’il mériterait d’occuper.


Le site de Ruxendra Donose
Le site de Franco Fagioli
Le site de Daniel Behle
Le site de l’ensemble vocal et de l’orchestre La Cetra


Sébastien Gauthier

 

 

 

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