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09/28/2013
Robert Schumann : Sonate n° 1, opus 11 – Humoreske, opus 20

Adam Laloum (piano)
Enregistré salle Gaveau, Paris (2-5 septembre 2012) – 62’38
Mirare MIR 194 (distribué par Harmonia mundi) – Notice de présentation en français, anglais et allemand


Must de ConcertoNet





Robert Schumann : Kreisleriana, opus 16 – Fantaisie, opus 17
Joaquín Achúcarro (piano)
Enregistré à Santa Maria del Bosque, Madrid (octobre 2003) – 74’38
La Dolce Volta LDV 10 (distribué par Harmonia mundi) – Notice de présentation en français, anglais, allemand, espagnol et japonais


Sélectionné par la rédaction





Robert Schumann : Fantaisie, opus 17 – Fantasiestücke, opus 12
Annika Treutler (piano)
Enregistré à la Mendelssohn-Saal, Gewandhaus, Leipzig (19-20 novembre 2011) – 60’59
Genuin GEN 13272 – Texte de présentation en anglais et allemand





Robert Schumann : Kreisleriana, opus 16 – Fantasiestücke, opus 12
Johannes Brahms : Thème et variations en ré mineur

Imogen Cooper (piano)
Enregistré au Concert Hall, Snape Maltings (23-26 juillet 2012) – 75’32
Chandos CHAN 10755 – Notice de présentation en français, anglais et allemand





Robert Schumann : Carnaval, opus 9 – Papillons, opus 2 – Toccata, opus 7
Cecile Licad (piano)
Enregistré à Princeton, New Jersey (25 mai 1989) – 50’47
Newton Classics 8802180 – Texte de présentation en anglais





Entre nouveautés et rééditions, nos chroniques schumanniennes continuent de livrer leur lot de bonnes surprises et de déceptions, la présente cuvée constituant à l’évidence un très bon cru.


A la suite d’un album Brahms – où l’on relevait déjà «une délicatesse, une subtilité et une richesse de couleurs qui forcent l’admiration» – et d’une fréquentation de la musique de Robert Schumann (1810-1856) en concert, Adam Laloum (né en 1987) frappe un grand coup. Sa Grande Humoresque est même un coup de maître. Elle témoigne d’un art d’une confondante maturité dans la conduite des alternances rythmiques et la maîtrise des résonnances. L’Einfach initial – tout comme Innig, Sehr lebhaft et Mit einigem Pomp – soufflent sur les braises d’une flamme frémissant comme le feu dans la glace. Si Einfach und zart et Zum Beschluss tentent d’ensorceler les sens, les arrière-plans et les arrière-pensées du Hastig – peut-être le sommet de ce disque – sont suggérés avec une telle angoisse qu’ils hantent l’oreille comme rarement.


La Première Sonate n’est pas moins originale ni personnelle. Adam Laloum prend son temps pour creuser les profondeurs de l’Introduzione – qui semble comme bouillonner à la surface des notes –, permettant à l’architecture de l’Allegro vivace de ne révéler qu’avec patience et méthode l’extraordinaire diversité des climats. L’Aria, brossée tout en clair-obscur, se noie presque dans la pédale mais touche au but. Dans le Scherzo. Allegrissimo, Adam Laloum ose un geste fantasque plus physique que métaphysique – fort d’un toucher pas moins subtil que dans les autres épisodes. Riche en rebondissement, le Finale exprime une liberté assez déroutante – conduisant sur des chemins pas toujours rassurants mais ouvrant une voie nouvelle dans la discographie de cette œuvre. Face à autant d’émotions, on ne saurait que reprendre les mots de Rodolphe Bruneau-Boulmier (dans la notice): «Adam Laloum révèle le Schumann le plus ineffable. Non pas indicible (car il n’y aurait absolument rien à dire), mais ineffable comme ce qui est inexprimable parce qu’il y a sur lui infiniment, interminablement à dire. C’est le mystère de Schumann – fait de paradoxes, brisures et éclats multiples, qu’approche ici le jeune pianiste». Un disque aussi inattendu qu’admirablement attachant.


Celui que publie La Dolce Volta ne l’est guère moins – captation réalisée en 2003 du Schumann de Joaquín Achúcarro (né en 1935). Dans Kreisleriana, l’électricité générée par une frappe accidentée et presque claudiquante est vite grisante, comme au début du Sehr aufgeregt ou dans Sehr rasch (stimulant malgré une technique moins souveraine). Une interprétation qui n’oublie pas l’émotion dans la chaleur du Sehr langsam. Mais c’est en parvenant au terme des trente-cinq minutes de la Fantaisie en ut majeur que l’on mesure à quel point est fondée la réputation de «légende du piano espagnol» de Joaquín Achúcarro. Itinéraire captivant – qui respire la souffrance et la méditation.


Le pianiste espagnol décortique le premier mouvement de la Fantaisie sans jamais le désosser – tour de force assez scotchant qui révèle l’envers des notes de ce qui est bien noté Durchaus phantastisch und leidenschaftlich vorzutragen («à jouer d’un bout à l’autre d’une manière fantasque et passionnée»). La gestion très personnelle du flux musical et des tempos se confirme dans un deuxième mouvement plus rugueux mais non moins riche en rebondissements. Avant que la concentration intimiste du Langsam getragen charrie, de son lent mouvement de balancier, une tristesse sans désespoir. Comme l’écrit l’interprète dans la notice, «il faut avoir longtemps vécu avec la musique avant de laisser un témoignage enregistré. On peut certes jour la Fantaisie à dix-sept ans, mais on n’y comprend pas grand-chose. Ce n’est qu’avec les années qu’on mesure, par exemple, toute la signification de la première apparition de l’accord d’ut majeur seulement onze mesures avant la fin d’un premier mouvement long de près d’un quart d’heure – et de l’extraordinaire effet de catharsis qui se produit là». Ce disque constitue, en effet, un voyage fabuleux au cœur de l’Opus 17.


Alors, forcément, entendre Annika Treutler (née en 1990) interpréter la même œuvre sonne le retour à la réalité plus ordinaire du piano professionnel. Les propos de Joaquín Achúcarro résonnent avec une acuité toute particulière à l’écoute de cette Fantaisie gravée par une artiste de vingt-et-un ans. Le toucher est sans faille, beau et brillant, superbement léché – une poigne qui a assimilé toutes les figures techniques et les alliages de rythmes et de nuances (quel balancement superbe dans le délié du premier mouvement!) –, mais le talent semble s’exprimer sans densité humaine véritable – sans vécu. Une interprétation qui brille d’un métal trop reluisant... et que les années doivent encore polir. Il ne suffit pas de laisser durer des silences pour emplir l’espace musical dans le Durchaus phantastisch und leidenschaftlich vorzutragen. Ni de charpenter avec tant de rigueur mécanique le Mässig, durchaus energisch pour imprimer une épaisseur musicale. De même (voire davantage encore), le Langsam getragen est tout autant splendidement maîtrisé qu’il est émotionnellement neutre voire froid. Certes, si l’on juge sévèrement cette version aussi impeccable et propre qu’anonyme, c’est également parce qu’on a encore Achúcarro dans les oreilles... Mais les Fantasiestücke confirment des caractéristiques proches. Formellement maîtrisées, intelligemment caractérisées, elles sont dignes de louanges pour une si jeune artiste. Elles paraissent toutefois vite faibles en personnalité et en caractère – n’est pas Argerich qui veut – voire scolaires, notamment dans un «Ende vom Lied» plutôt lourdingue.


Imogen Cooper (née en 1949) intéresse davantage. Dans Kreisleriana, la pianiste britannique oppose à la frappe accidentée et électrique de Joaquín Achúcarro un toucher rond et confortable. Les qualités de délié et de finesse sautent aux oreilles, même si la lenteur du geste (moins que celle du tempo) berce sinon endort quelque peu l’esprit. La chaleur du legato ne suffit pas, dans cette œuvre, à panser les plaies schumanniennes – qu’on souhaiterait sentir suinter avec plus de violence par moments (dans le Ausserst bewegt ou le Sehr rasch surtout). L’option défendue reste plastiquement superbe – notamment pour ceux cherchant à se laisser cajoler dans la résonnance du Sehr innig und nicht zu rasch ou dans le moelleux du Sehr langsam. Mais le Schnell und spielend final se traîne quelque peu... Les Fantasiestücke se situent un cran au-dessus de celles d’Annika Treutler, Imogen Cooper atteignant un bel équilibre entre onctuosité et souplesse – à l’image d’une «Fabel» assez incontestable de mordant et de finesse. Mais l’interprétation s’attarde parfois dans une posture contemplative et une tendresse de frappe aussi agréables à entendre qu’elles paraissent volatiles de forme et fugaces de sentiments. Bercé d’une douce lumière, «In der Nacht» reste ainsi à la surface de la nuit. Et «Ende vom Lied» se perd légèrement dans son tourbillonnement continu – malgré la beauté sublime des dernières notes. De la même manière, dans les Thème et variations de Brahms qui complètent l’album, le toucher généreux d’Imogen Cooper restitue bien le moelleux mélodique des cordes du Sextuor, mais manque quelque peu de dynamiques et d’arêtes pour faire vivre cette transcription confortable au sein de laquelle on s’assoupit rapidement.


Signalons enfin la réédition par Newton Classics d’un album de la pianiste philippine Cecile Licad (née en 1961), publié sous étiquette Sony en 1990. Du Schumann franc et direct, chaleureux et dansant. Musclé et bondissant, particulièrement espiègle (... y compris pour attraper les Philistins) – rieur même –, le Carnaval s’articule – malgré de rares temps morts – autour d’un mécanisme qui manque parfois de chair, mais jamais de rythme. En raison d’un climat trop terrestre et d’une certaine dureté de frappe, les Papillons s’envolent, en revanche, sans se faire remarquer. L’approche convient évidemment mieux à la cavalcade de la Toccata, brillante à souhait.


Le site de Joaquín Achúcarro
Le site d’Annika Treutler
Le site d’Imogen Cooper
Le site de Cecile Licad


Gilles d’Heyres

 

 

 

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