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04/09/2009
Johann Sebastian Bach : Concertos pour clavecin en ré mineur BWV 1052, en sol mineur BWV 1058, en fa mineur BWV 1056 et en la majeur BWV 1055

Bertrand Cuiller (clavecin), Stradivaria, Daniel Cuiller (violon principal et direction)
Enregistré à la Chartreuse d’Auray à Brech, Morbihan (1er-4 décembre 2008) – 58’29
Mirare MIR 085 (distribué par Harmonia mundi) – Notice trilingue d’Adélaïde de Place et Philippe Humeau






La musique baroque cultive le minimalisme. Hier, on pouvait écouter le Magnificat de Johann Sebastian Bach avec un chœur de deux cents personnes ; aujourd’hui, certaines versions confient à un seul chanteur chaque partie du chœur… Telle est la première remarque que l’auditeur peut se faire à la lecture de la notice de ce nouvel opus de l’excellent éditeur Mirare : en effet, l’orchestre accompagnant le claveciniste Bertrand Cuiller se résume à cinq instrumentistes seulement (deux violonistes, un altiste, un violoncelliste et une contrebasse). L’écoute en est-elle troublée pour autant ? Il est vrai que les versions auxquelles les discophiles sont habitués (l’intégrale des concertos pour clavecin par Kenneth Gilbert chez Archiv Produktion, par Pierre Hantaï chez Astrée ou Richard Egarr chez Harmonia Mundi pour n’en citer que quelques-unes parmi les plus recommandables) font entendre un instrumentarium plus étoffé qui, fort logiquement, donne ainsi du corps à l’interprétation. En l’espèce, on oublie assez rapidement ce faible effectif, tant l’enthousiasme et les excellentes conditions techniques de l’enregistrement sont idéales, mais il est évident que l’âpreté de certains accents et l’existence de quelques raideurs sont là pour nous rappeler que l’orchestre est ici réduit à la portion congrue.


Les concertos pour clavier de Johann Sebastian Bach (1685-1750) marquent une importante évolution dans l’histoire du concerto qui, jusqu’alors, mettait essentiellement en valeur les instruments à cordes et les vents. Le Cantor de Leipzig fut le premier à composer des concertos pour le clavier, imité en cela par Carl Philipp Emanuel, son fils le plus prometteur, ce dernier faisant ainsi le lien avec les compositeurs classiques qui, à l’image d’un Wolfgang Amadeus Mozart, multiplieront les œuvres concertantes pour clavecin ou, plus encore, pour piano.


Bach développa son répertoire instrumental à l’occasion du travail qu’il noua à Leipzig avec le fameux Collegium musicum, orchestre fondé par Telemann en 1702, dont Bach prend la direction à compter de 1729. C’est vraisemblablement à son contact qu’il composa donc son Concerto BWV 1052 qui trouve néanmoins sa source originelle dans un concerto plus ancien destiné au violon. Bertrand Cuiller fait preuve d’une très grande poésie dans son approche mais, paradoxalement, peut-être de manière excessive parfois : ainsi, les nombreux ritardando du deuxième mouvement ont-ils pour effet de hacher quelque peu les phrases confiées au clavecin. Le troisième mouvement est le plus réussi, vif et bondissant, empli de souplesse comme devait l’être le concerto originellement joué par un instrument à cordes. Le Concerto BWV 1058 est aujourd’hui surtout connu pour être un magnifique page destinée au violon (il s’agit du Concerto BWV 1041 en la mineur). Inspiré en partie de la Cantate BWV 35 « Geist und Seele wird verwirret », c’est un concerto extrêmement diversifié puisque son atmosphère passe de la mélancolie d’un superbe Andante à l’entrain de l’Allegro assai conclusif. C’est surtout la meilleure illustration des avantages et des inconvénients d’un accompagnement orchestral confié à un petit effectif : naturellement, il permet en premier lieu de parfaitement différencier les différentes voix en présence (on soulignera la magnifique partie ainsi confiée au violoncelle). Mais, dans le même temps, il illustre les déséquilibres qui peuvent s’en suivre, le premier violon couvrant parfois la main droite du clavecin, ce dernier évinçant parfois en retour l’orchestre de façon trop visible. Au-delà de ces choix esthétiques tout à fait admissibles, il convient d’admirer la délicatesse du toucher de Bertrand Cuiller qui, plus que jamais, fait de cette partition un véritable chef-d’œuvre.


Composé à l’époque où Johann Sebastian Bach était en poste à Coethen, entre 1717 et 1723, le Concerto BWV 1056 résulte également d’un concerto originellement dévolu au violon. Bien que la pâte de Vivaldi y ait parfois été décelée, les musicologues s’accordent aujourd’hui pour en attribuer la paternité à Bach lui-même, se fondant notamment sur l’importance du contrepoint (c’est-à-dire des lignes mélodiques de la partition), véritable marque de fabrique du Cantor. Interprétant sans grande imagination l’Allegro initial, Bertrand Cuiller livre en revanche une lecture très convaincante du deuxième mouvement, accompagné il est vrai par des cordes à l’unisson de la dentelle musicale ainsi créée. Si l’on peut regretter que le Presto ne soit pas aussi dramatique qu’on aurait pu le souhaiter, avec ses ruptures, ses phrases suspendues, ses changements incessants de climats, on ne peut que saluer la réalisation de l’ensemble.


Dernière œuvre au programme, le Concerto BWV 1055 est incontestablement le sommet de ce disque. Tiré d’une œuvre initialement dédiée au hautbois d’amour, il est ici joué avec assurance par Bertrand Cuiller, trahissant là encore un léger déséquilibre au profit des cordes. La sobre intimité du Larghetto résume néanmoins à lui seul l’ensemble de ce disque : une superbe interprétation en dépit de choix musicologiques contestables.


Le site de l’ensemble Stradivaria


Sébastien Gauthier

 

 

 

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