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08/19/2008
Luigi Boccherini : Fandango en ré majeur extrait du Quintette pour deux violons, alto, violoncelle, deux guitares, percussions et castagnettes G 448* – Concerto pour violoncelle et orchestre en ré majeur G 483 – Aria accademica « Se d’un amor tiranno » pour soprano, violoncelle concertant et orchestre n° 14 G 557 ** – Concerto pour violoncelle et orchestre en sol majeur G 480
DVD présentant un film réalisé par Louise Narboni

Sandrine Piau (soprano)**, Rolf Lislevand (guitare solo)*, Luz Martin León Tello (castagnettes)*, David Mayoral (percussions)*, Maude Gratton (piano forte)**, Ensemble Pulcinella, Ophélie Gaillard (violoncelle et direction)
CD enregistré au Théâtre de Poissy (janvier 2007) et au Temple Notre-Dame du Bon-Secours, Paris (juin 2007), DVD enregistré au Temple Notre-Dame du Bon-Secours et à l’église Saint-Louis des Invalides, Paris (avril 2007) – 66’53 + 49’
Disque et DVD Ambroisie AM 126 (distribué par Naïve) – Notice bilingue (français, anglais)






« Ce qui me ravit dans ce spectacle, ce fut quand, vers minuit, au son de l’orchestre et au bruit des claquements de mains, on commença par couples la danse la plus folle qui jamais se puisse imaginer. C’était le fameux fandango, dont je croyais avoir une idée juste et dont j’étais à mille lieues ». Giacomo Casanova décrivait ainsi dans ses Mémoires une danse qui, espagnole d’origine, fit par la suite fureur dans l’Europe tout entière au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le fandango fit donc l’objet de toutes les attentions, servant de matériau aussi bien à Mozart (dans le troisième acte des Noces de Figaro) qu’à des compositeurs madrilènes comme Antonio Soler ou Félix Máximo López. Luigi Boccherini (1743-1805) ne pouvait se tenir à l’écart de cette mode, lui qui arriva en Espagne en 1768 sans savoir qu’il allait y effectuer la majeure partie de sa carrière (il entre au service de l’Infant Don Luis de Bourbon, frère cadet du roi Charles III, en novembre 1770, suit son protecteur dans l’exil qui lui fut imposé à Arenas de San Pedro en 1776, se voit à son retour à Madrid accorder par le roi une pension à vie comme violoncelliste de la Chapelle royale en 1785…).


Le célèbre fandango qui est ici présenté est, en réalité, la partie la plus importante du troisième mouvement du Quintette pour deux violons, alto, violoncelle, deux guitares, percussions et castagnettes G 448. Ce quintette n’est pas une œuvre originale mais, à l’instar du Quintette « La Ritirata de Madrid » en ut majeur G 453, une transcription effectuée en 1798 par Boccherini à l’attention du marquis de Benavente « avec guitare obligée » d’une précédente composition datant de 1788. Le caractère espagnol de l’œuvre, inhérent à la forme même du fandango, est ici accentué par la mise à contribution des guitares qui dialoguent à égalité avec le violoncelle et des castagnettes qui le relaient dans certains passages quand le besoin s’en fait sentir. Ce morceau sublime a longtemps été dominé par l’interprétation classique mais sans grande imagination du guitariste Pepe Romero accompagné par l’Academy chamber ensemble (Philips). Dépourvue de toute chaleur madrilène, omettant par ailleurs la plupart des reprises, cette version datant de décembre 1978 fut aisément détrônée par Fabio Biondi et L’Europa galante qui, en 2002, rendirent à l’œuvre sa folie et l’étourdissement dans lequel elle est censée entraîner tant les danseurs que les auditeurs (Virgin Veritas). Pour autant, cette version n’est pas exempte de critiques, Fabio Biondi cédant parfois à son penchant pour les ruptures excessives et les accents brusques… En 2005, Jordi Savall, déjà avec le guitariste Rolf Lislevand, enregistra à son tour le quintette et son fandango tant attendu (Alia Vox) : un coup de maître ! La virtuosité mise au service de l’atmosphère hispanisante plaçait immédiatement cette gravure au sommet de la discographie.


Ophélie Gaillard et les siens relèvent avec maestria le défi en donnant à leur tour une superbe interprétation du fandango. Négligeant parfois la délicatesse et la musicalité adoptées par Savall, ils préfèrent mettre le doigt sur la modernité de la danse en permettant notamment aux guitaristes (Rolf Lislevand et Juan Sebastian Lima) de céder à l’improvisation, accompagnés avec tact par le percussionniste David Mayoral. Au final, on gagne en chaleur ce que l’on perd en subtilité… On regrettera d’autant plus qu’Ophélie Gaillard et sa bande n’aient enregistré ni l’ensemble du Quintette, ni le Quintette G 453 susmentionné, également dédié à la patrie d’adoption de Boccherini. Pour qui souhaiterait connaître une vision tout à fait originale de ce fandango, on conseillera la très intéressante version pour deux clavecins et castagnettes donnée par Andréas Staier et Christine Schornsheim (disque Teldec qui comporte également le célèbre fandango d’Antonio Soler).


Le disque se poursuit par deux Concertos pour violoncelle et orchestre (numérotés G 483 et G 480). Composés vraisemblablement dans les années 1770-1772, ils ont été longtemps négligés jusqu’à leur réédition à Paris par Leduc et, de ce fait, leur redécouverte au début du XXe siècle. Dressant en 1969 le catalogue complet des œuvres de Boccherini, le musicologue Yves Gérard leur a respectivement attribué les numéros 10 et 7. Ces morceaux témoignent des « progrès » accomplis depuis les concertos pour violoncelle précurseurs de Vivaldi : la palette mélodique s’est considérablement élargie et le violoncelle a pris de l’assurance face à l’orchestre (à l’image du Concerto en ut majeur de Haydn, presque contemporain puisqu’il daterait de 1765). Sans conteste, la période baroque est bien lointaine ! Ophélie Gaillard joue avec une grande assurance ces deux concertos techniquement périlleux, comme l’attestent à deux ou trois reprises quelques aigus disgracieux, et d’une incroyable richesse musicale. Solidement accompagnée par l’ensemble Pulcinella, elle donne ici une interprétation à la fois lumineuse et d’une grande noblesse de deux pièces à (re)découvrir.


Le dernier morceau présenté est une aria pour soprano, violoncelle et orchestre intitulé « Se d’un amor tiranno » (« Si d’un amour tyran »). Si l’on excepte le Stabat Mater, les œuvres vocales sont paradoxalement assez rares chez Boccherini, lui qui était pourtant l’époux d’une soprano... S’apparentant aux airs de concert qu’a pu composer Mozart à la même époque, cette aria mêle astucieusement, sur des paroles écrites par Métastase, voix et violoncelle concertant. Les vocalises de Sandrine Piau répondent ainsi aux aigus d’Ophélie Gaillard dans une pièce agréable mais, somme toute, de facture assez académique.


Pour sa part, le DVD se décompose en deux parties d’une durée de vingt-cinq minutes environ chacune. Alors que la première, intitulée « Neiges éternelles » (par référence aux sommets dans lesquels le violoncelle ne s’était, jusqu’à Boccherini, jamais encore aventuré), permet à Ophélie Gaillard d’expliquer sa passion pour Luigi Boccherini, la seconde, « Parfums de Madrid », est toute entière dédiée à l’enregistrement du fandango. Les propos de la jeune violoncelliste, sans être inintéressants, ne nous en apprennent guère sur le compositeur et sont, pour la plupart, retranscrits dans la jaquette du présent coffret. Plus intéressant en revanche est la séance d’enregistrement : filmée à la manière de ce que peut réaliser un Andy Sommer, jouant notamment sur les ombres et les plans coupés, elle nous montre de façon dynamique des musiciens emportés par le rythme d’une œuvre, sans conteste le phare de cet album enthousiasmant.


Sébastien Gauthier

 

 

 

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